Regard sur l’absence

Au détour du Cimetière du Père-Lachaise

Je vous convie à suivre une approche subjective du Cimetière du Père-Lachaise. À l’origine de cette balade impressionniste, je n’avais ni idée directrice, ni intention particulière. J’ai flâné sans plan et sans but, progressant lentement au rythme de mon observation et de ma méditation.
La première fois, j’y suis venu par hasard : une amie m’y avait donné rendez-vous. Je n’avais pas l’intention de photographier, mais ce jour-là, une belle lumière d’après la pluie éclairait superbement les allées et les tombes et j’avais craint de laisser mon appareil photo à l’hôtel. Le regard aimanté par la lumière surgissant du fond d’un cénotaphe, la première photographie m’a paru heureuse, et comme une première rencontre fondatrice de toute relation qui restera telle la pierre angulaire d’un édifice, j’y ai vu un bon présage : la Vierge Marie enserrant la tête de Jésus son Fils sur un vitrail derrière les grilles de ce mausolée. Image pieuse de mon enfance. C’est en un sens, cette seule effigie que j’ai poursuivie : tel un peintre ne cherchant au but du compte qu’à reproduire le même tableau, ou un écrivain qui n’écrirait toujours que le même livre.
Je me suis interrogé sur les motivations qui m’avaient poussé à éprouver un tel intérêt pour ce cimetière. J’ai cru naïvement au début ne m’y arrêter que par hasard. Bien vite je me suis aperçu que cet attrait dévoilait des centres d’intérêts liés à ma propre histoire : je venais y exorciser un lourd tribut et y amadouer un spectre de la mort par trop vivace en moi.
Au bout du compte, le hasard n’y avait que peu de part.
J’ai aussi constaté qu’en entrant au Père-Lachaise, je fuyais Paris, en plein Paris : venant tardivement de ma province natale, j’ai appréhendé un monde auquel je n’étais pas préparé. Paris, ville grouillante et agitée, était pour moi étrangère, voire hostile. La proximité des morts m’a paru dès lors plus rassurante.
J’ai tâché d’aborder ce cimetière comme il se donne à voir : « jardin des morts », et musée, but de villégiature romantique et de promenade paisible ; lieu propice au recueillement et à l’élan spirituel, où l’on vient côtoyer paisiblement la mort.
Suivant le fil de cette progression aléatoire, j’ai redécouvert en partie, ma propre histoire et trouvé un ordonnancement subjectif, et au final raisonné, dans mon parcours.
Mais, je n’ai fait qu’aller en reconnaissance et ce ne sera à proprement parler qu’un détour, ou un « Grand Tour », entraînant un retour là d’où je viens.
Voici, plutôt qu’un guide, une invitation à se perdre… et quelque peu s’y retrouver.




J’ai déambulé pendant des heures et des heures, au bout du compte équivalent à de jours et de jours, sans rencontrer foule. Ainsi en cette fin de mois d’août, pourtant ensoleillée, je ne croise « âme qui vive ». Par trop conditionnés et disciplinés, les touristes ne fréquentent pas les recoins, le hors circuit, le parcours des délaissés. Ils ne s’égarent pas dans les voies de traverse. Les guides ne signalent que des parcours à thèmes, ceux qui sont balisés par les stations où les célébrités reposent.






Et je marche, et je flâne, mes pas crépitent sur le gravillon. Je ne suis que cela, celui qui marche dans la fraîcheur de l’automne, dans les premières chaleurs du printemps. Je ne suis que cela, celui qui marche et qui songe dans ces allées désertes…. quand bien même je ne serais qu’un être qui marche et qui avance, et s’enquiert du chemin à prendre, sans délaisser ses compagnons de voyage, sans négliger de regarder en arrière. Un être qui marche et regarde, observe, et pense, et dit. Et doute.





J’entends des frottements, quelqu’un nettoie énergiquement une pierre tombale. Grondement sourd d’avion et bruissement de la ville, klaxons, sirène de pompier ou de police. Je marche vite, avivé par je ne sais quelle impatience.




Laissons les s’engourdir et s’évanouir. Ils auront glissé dans la douce sérénité de leur grand âge à ce plus profond et plus durable repos mérité. Qu’ils s’endorment du « sommeil de la terre ». Honorons les dignement d’un cérémonieux rituel de passage et d’un sage au revoir, sans que trop de tristesse nous afflige. Rendons leur un respectueux hommage pour ce qu’ils nous ont donné et légué, car c’est un peu de nous-même qui s’en va, et n’est-ce pas le signe avant-coureur de notre propre départ ? Nous serons tôt ou tard ces ancêtres et c’est en somme nous que nous célébrons.







Ils sont là, dans la quiétude de ces allées fleuries, vivantes, presque gaies. Le voyage les a achevés, ils ont achevé le voyage : destins clos. Nous venons plein de sollicitude, apporter nos signes de déférence, de respect et d’attention, à l’écoute de notre propre conscience. Ils sont là nos grands hommes, ceux qui ont fait l’histoire, notre histoire.






On peut envisager toutes les images poétiques ou romantiques de la mort, imaginer tous les rivages possibles pour l’au-delà. L’insondable, à jamais inconnaissable, suscitera toutes les ressources de l’imagination. On n’aura jamais fini de gloser sur ce lendemain sans lendemain.





C’est pour songer à sa mort sans effroi qu’on vient flâner ici.

« Mont Dol »: paru le 27 juillet 2008

4ème de couverture : Ce livre a une vocation touristique : son but est de donner envie de visiter le Mont-Dol. Ses images constituant un album comme ceux qu’on feuillette en famille avec ses proches. Qu’il serve de clé d’entrée confiée à ceux qui sauront apprécier le charme de ce tertre au milieu du marais. Une invite pour les amis d’aujourd’hui et ceux de demain à venir y faire une respectueuse et bucolique visite, un petit pique-nique en haut du Mont et que les enfants s’amusent.

Postface : C’est avec grand plaisir que j’ai répondu à l’invitation de Charles Bourdais me proposant de réaliser un livre sur le Mont-Dol.
C’était une belle occasion de rendre hommage à ses habitants et plus particulièrement à mes camarades d’école et à mes amis d’enfance. Et par extension de le faire découvrir à mes amis d’aujourd’hui, la plupart citadins, puisque le hasard m’a fait migrer à Rennes. Beaucoup de mes copains de classe sont restés. Ils sont devenus policier, postier, enseignant, artisan…
Bien souvent j’ai regretté d’être parti, d’avoir abandonné cette quiétude pour devoir m’adapter à un monde sans jamais m’y sentir parfaitement acclimaté. Peut-être aurait-il simplement fallu qu’une fille du pays, jetant sur moi son dévolu, me retienne !
Le Mont-Dol , à peine en Bretagne, pas en Normandie, à une enjambée d’archange du Mont-Saint-Michel, ne m’avait jamais paru devoir être un endroit digne de villégiature. Quand j’y ai vécu enfant, je l’ai jugé triste et monotone. J’ai été si longtemps contraint d’emprunter ce chemin sinueux que je trouvais si long alors, pour me rendre du Haut-Pont à l’école que je n’aimais guère. J’ai fini par détester la fréquentation forcée de l’église, chaque dimanche matin : émissaire envoyé là comme si j’avais à racheter de perpétuels péchés ou gagner je ne sais quel salut dans les froids hivers.
Aujourd’hui, sans vouloir adopter l’air du temps, j’accorde quelque vertu à cette éducation laïque et religieuse.J’avais rêvé de forêts et de montagnes, de villes et de pays, de voyages et d’ailleurs. Aujourd’hui, me voilà de retour en terrain familier bien que beaucoup de transformations se soient opérées avec le temps, et que mon regard a changé. Après avoir vu du pays, je me trouve bienheureux d’être issu de ce pays qui est le mien.
Et ce livre est l’opportunité de lui accorder une juste reconnaissance.Je demeurerai à tout jamais fils de paysans, enfant du pays. J’aurai beau voyager encore, au fond, fidèle, je me sentirai toujours être un enfant du Mont-Dol. J’y reviens toujours. Mes parents me racontent ce qui se passe ici , de mariages en naissances, les années s’écoulent. Un monde s’en va.
C’est pour retenir un peu de ce temps qui nous échappe que j’ai voulu capter quelques images comme instants immuables.

J’ai également réalisé cette vidéo sur le Mont-Dol : https://michelogier.net/?p=284















Rennes, une vieille concubine

Amour et désamour pour cette ville, pour l’avoir photographiée en long, en large… Il me semble qu’il n’y a plus d’angles ou de points de vue nouveaux à partir desquels je pourrais encore la photographier. Je réalise actuellement mon 5ème livre, après « Rennes-Reflets » en 1985, « Rennes d’hier et d’aujourd’hui » 1992, « Rennes, l’intelligence d’une ville »1994, « Rennes » -Collection tranches de villes-2002, arrive « Rennes secret et insolite » (Nov. 2008).
Mais, j’ai toujours du plaisir à arpenter Rennes, je n’en suis pas lassé. C’est une ville qui bouge, change et continue d’augmenter en population et de se transformer. Animée par la vitalité de ses étudiants, par un milieu associatif et culturel actif, par des chercheurs en nouvelles technologies… Une ville qui n’est pas polluée et, qu’on en sorte en direction du nord ou du sud, la mer n’est pas loin, et puis c’est en Bretagne.Tous les Rennais s’accordent à dire que c’est une ville à dimension humaine, où il fait bon vivre…
J’aime encore porter un regard complaisant sur ma concubine, la faire valoir encore pour ceux qui la fréquentent ou la présenter à ceux qui voudraient la découvrir.

le jardin de ma mère

Ici, en dehors du monde, les tensions s’apaisent. Le jardin est une enclave, un îlot comme en existent des milliers d’autres, forgés par des mères ou des pères jardiniers. Autant de clairières pour les enfants, autant de paradis.

Quadri 56 pages, publication en 2006, éditions siloë, prix de vente: 14€ (frais d’envoi inclus)

Voir les photographies




Publications

14€ (frais d’envoi inclus)

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Si vous êtes intéressés par l’un de ces ouvrages, vous pouvez me contacter à l’adresse ci-dessous: ogier.michel@neuf.fr