Exposition Alger

« Alger me paraissait si loin et voilà qu’en moins de deux heures, on a gagné quinze degrés et il fait grand soleil…
A peine les bagages posés, nous nous dirigeons vers le port, mon ami Larbi, venu réaliser un film sur le cinéma algérien, tient sa caméra à la main et moi mon appareil photo. Nous ne passons pas inaperçus. Nous croisons une voiture de police qui fait fissa demi-tour. Ca y’est : les ennuis commencent !
– Qu’est-ce que vous faites là ?
– Des images du port !
– Oui, mais faites gaffe ! Faites gaffe avec vos appareils. Il y’a des voleurs par là ! répète le policier, l’air de nous prendre pour de parfaits inconscients. Probablement ai-je tenu compte de ces mises en garde répétées : pendant mes deux séjours, il n’arrivera rien.
J’étais parti avec beaucoup d’idées préconçues sur l’Algérie. Des impressions constituées par les images de la colonisation, de la guerre ou tirées des livres de Camus ou d’anciens films et des images plus récentes, celles des journaux, le tout constituant un vague méli-mélo ayant pour résultat que je n’avais pas du tout idée de ce qu’était Alger.
A la première impression, la baie, en forme de d’amphithéâtre, m’a paru grande, étalée et son centre difficile à cerner. Beaucoup de monde dans les rues, une population dense…et l’absence d’étrangers de mon acabit. Nous avons commencé à nous promener. L’une des premières impressons le soir était celle d’un monde quasi-déserté par les femmes. Durant ce premier séjour, tombant à la fin du ramadan, la religion se révélait très prégnante dans le quotidien.
J’ai baladé mon petit appareil et laissé venir les images, quand le climat s’y prêtait. Difficile de faire des photos : les Algérois ont beaucoup de prévention à l’égard des photographes : l’interdit de la représentation, la crainte de l’espionnite, la méfiance vis-à-vis de l’occidental à la curiosité douteuse et pour finir, le dernier jour, la réflexion d’un vendeur : « Tu ne touches pas à nos femmes ! » comme s’il y avait agression et dépossession par l’image. Mais j’ai aussi eu affaire à ce paradoxe : une hostilité à l’égard du photographe et un excellent accueil en tant qu’étranger.
Et de là-bas, me sentant si proche et si loin, j’ai vu la France avec une impression de surplomb qui la fait paraître petite, nichée au bout de l’Europe, à l’écart de l’Orient, peu soucieuse de l’Algérie d’aujourd’hui. Pourtant les Algériens sont très attentifs à la France : les antennes paraboliques sont tournées vers l’Occident et tous ont au moins un parent français.
Alger n’est plus si blanche, elle a parfois des allures un peu tristes, commençant à se remettre de la décennie douloureuse. Mais, pleine de la vitalité de sa jeunesse, capitale d’un pays riche en ressources, elle affirme un fort caractère et s’adapte vite au temps…
Je suis reparti avec la même impression ressentie lorsqu’on a découvert un personnage qu’on appréhendait de connaître et qui vous a un peu secoué, qu’on a envie de revoir parce qu’il vous a fait impression, et qui, toute compte fait, vous a plu.
Voici ce que fut Alger : une rencontre !

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